lundi 16 novembre 2015

Sans titre

Au fond du jardin, derrière la haie de chênes et d'aubépines qui poussait sur le talus, il y avait un chemin. Une voie de cailloux, qui allait de la route au champ au bout, sur à peine cent mètres. C'était calme. Isolé du reste du monde. Il y avait des chênes des deux côtés, sur les talus, et deux fossés de part et d'autre. Les chênes étaient vieux, mais pas trop hauts pourtant. L'un d'eux avait une branche assez basse pour me permettre d'y grimper. J'y grimpais souvent, l'été, pendant les vacances. Il y avait un coin, une fourche où on pouvait s'asseoir sans avoir mal au cul. Je suis allé tout en haut une fois, je crois.

À l'époque, de l'autre côté du chemin, c'était des champs. De blé, il me semble. Ils ont vite disparu, remplacés par des lotissements. Dans le chemin, j'ai vu un renard, une fois. J'y ai trouvé une salamandre, aussi. Et des hérissons. Et des sangsues dans le fossé.
 
Il n'y avait pas de grillage, nulle part, pour nous empêcher d'y aller. On passait entre les buissons, et on y était. La plupart des gamins de la rue faisaient comme nous. À l'automne, quand il pleuvait – il pleuvait beaucoup en automne, c'était comme ça là-bas – on se retrouvaient tous, tous les gosses, et on faisait un barrage dans le fossé, juste derrière chez nous. Un gros tas de glaise ramassée dans le fond du ruisseau, avec un tuyau récupéré on ne sait où au milieu. L'eau était opaque à force de remuer le fond, et nous on était dedans, trempés, en train d'empiler la glaise pour empêcher l'eau de passer. C'était tout ce qu'on cherchait à faire : bloquer l'eau en ruinant nos vêtements et en attrapant un rhume.
 
Au bout du chemin, il y avait deux stères de bois. Je n'ai jamais su à qui elles étaient. Au voisin peut-être. Juste après, il y avait la barrière du champ. Je ne l'ai jamais franchie.

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