lundi 16 novembre 2015

Chez moi (au pluriel)

Les plaques de contreplaqué rouges avaient été alignées et vissées les unes après les autres, sans pause, à la chaîne, de main en main. Pas une plainte n'était sortie des bouches de la galerie des tontons, mais que de rires et de piques une fois la tâche accomplie et les gosiers secs dûment rincés. Le père, dont on ne savait s'il était rouge, était en tout cas stakhanoviste.

La maison, vide suaf les cartons, sonnait creux, temporairement étrangère. Rassemblés dans le salon, blottis sur le matelas pneumatique, ils regardaient sur le minuscule écran gris l'histoire d'un enfant singe.

C'était une montagne, et elle était dans le jardin. Maintes fois elle avait été grattée et fouillée, gravie et dévalée, sans vraiment être égratignée. Le père et l'oncle n'avaient pourtant guère mis de temps à la mettre à bas.

Le camion était au milieu de la rue, qu'il bloquait. Peu importait, tout avait été prévu. Tandis que les cartons passaient de son ventre à celui de la maison, les chambres étaient attribuées. Au troisième, par la fenêtre, on voyait les toits de la ville.

Elle était neuve, et elle était au fond de l'impasse. Avec le numéro 205, c'est tout ce qu'elle a laissé comme souvenir.

Les murs étaient vieillottement vêtus, aussi avait-il été décidé de les rhabiller. Sitôt dit, sitôt fait. Et avec six paires de bras, ça n'avait pris qu'une journée.

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